Le chevêtre Velux 78×98 (référence M04/M08 selon la génération) reste l’ouverture la plus posée en rénovation de combles. Sur une charpente traditionnelle avec chevrons espacés de 40 à 60 cm, la création de cette trémie impose presque toujours de couper au moins un chevron porteur. Nous détaillons ici les points techniques que les guides grand public escamotent.
Chevêtre Velux 78×98 : cadre normatif réel et DTU applicables
La pose d’un Velux en rénovation ne relève pas d’un seul DTU. Trois textes se superposent et couvrent chacun un périmètre distinct :
- NF DTU 36.5 (mise en oeuvre des fenêtres de toit) traite directement de la création de l’ouverture, du chevêtre et des raccordements menuisés sur charpente existante.
- NF DTU 31.1 (charpente bois) encadre les sections minimales des pièces de bois, les assemblages et le dimensionnement des éléments porteurs modifiés.
- NF DTU 40.29 (écrans souples de sous-toiture) concerne la ventilation sous couverture et la reprise d’écran autour de la fenêtre, pas la fenêtre elle-même.
Sur les forums et articles concurrents, ces trois textes sont régulièrement confondus. Un artisan qui dimensionne son chevêtre uniquement selon les préconisations Velux sans vérifier la conformité au DTU 31.1 prend un risque structurel. La partie fenêtres de toit du DTU 36.5 fait par ailleurs l’objet d’une révision annoncée, ce qui rend d’autant plus utile de distinguer clairement ces références avant un chantier.

Dimensionner la trémie sur une charpente à entraxe réduit
Le Velux 78×98 nécessite une ouverture finie d’environ 80 cm en largeur (dimensions hors tout avec jeu de pose). Sur une charpente avec entraxe de 55 à 60 cm, un seul chevron doit être sectionné. En revanche, sur les charpentes plus anciennes présentant un entraxe de 40 cm, deux chevrons sont coupés, ce qui change radicalement le calcul de descente de charge.
Section des pièces du chevêtre
Les linteaux haut et bas du chevêtre doivent reprendre la charge des chevrons interrompus et la transférer vers les chevrons d’appui latéraux. La section des linteaux est au minimum identique à celle des chevrons porteurs, mais nous recommandons de passer à la section supérieure dès qu’un deuxième chevron est coupé. Un chevron de 8×12 cm coupé appelle un linteau de 8×15 cm ou de 10×15 cm selon la portée.
Les chevrons d’appui latéraux, ceux qui encadrent la trémie, reçoivent une surcharge ponctuelle. Si leur section d’origine est limite (cas fréquent sur les charpentes d’avant les années 1970), il faut les doubler par embrèvement ou par boulonnage. Poser un chevêtre sans vérifier la capacité portante des chevrons latéraux est l’erreur la plus courante en rénovation.
Assemblages du chevêtre : sabots métalliques ou tenon-mortaise
Le débat entre assemblage traditionnel et connecteurs métalliques revient sur chaque chantier. En rénovation, le sabot métallique (type Simpson ou équivalent) offre un avantage décisif : il permet un assemblage en place, sans démonter la couverture au-delà du strict nécessaire.
Quand le tenon-mortaise reste pertinent
Sur les charpentes à forte section (fermes en chêne, pannes de 15×20 cm), un assemblage bois-bois donne un résultat plus rigide et mieux adapté aux tolérances dimensionnelles irrégulières du bois ancien. Le tenon-mortaise chevillé autorise aussi un ajustement fin de la planéité du chevêtre, point critique pour la pose du Velux puisque le cadre doit reposer sur un plan parfaitement droit.
Un chevêtre vrillé de quelques millimètres compromet l’étanchéité du raccord entre le dormant et le kit de raccordement (collerette). Le contrôle au niveau laser avant fixation du Velux n’est pas un luxe, c’est une nécessité technique.

Étanchéité et isolation périphérique du chevêtre Velux 78×98
La zone la plus vulnérable d’une fenêtre de toit n’est pas le vitrage, c’est le pourtour du chevêtre. En rénovation, la reprise d’écran sous-toiture autour de la trémie pose un problème que la construction neuve ne connaît pas : l’écran existant (quand il existe) doit être découpé proprement, puis raccordé au cadre par un relevé collé ou scotché.
Traitement de l’écran sous-toiture
Si la toiture ne possède pas d’écran sous-toiture (cas très fréquent sur les bâtiments antérieurs aux années 1990), la pose d’un écran partiel autour de la trémie est nécessaire. Ce raccord local se réalise avec un écran HPV (haute perméabilité à la vapeur d’eau) fixé sur les chevrons et relevé contre les linteaux du chevêtre.
L’isolation périphérique se traite ensuite par l’intérieur. Le jeu entre le chevêtre bois et le dormant du Velux reçoit un isolant souple compressé (laine minérale ou fibre de bois), puis un pare-vapeur continu raccordé au pare-vapeur de rampant. Toute discontinuité du pare-vapeur à cet endroit crée un point de condensation qui dégrade le bois du chevêtre en quelques années.
Remplacement à l’identique : un cas de plus en plus fréquent
Le remplacement d’un ancien Velux 78×98 par un modèle récent de même dimension se fait souvent sans modification du chevêtre existant, à condition que celui-ci soit sain et correctement dimensionné. Nous observons sur le terrain que les Velux posés dans les années 1980-1990 disposent souvent d’un chevêtre sous-dimensionné par rapport aux exigences actuelles.
Avant de reposer à l’identique, il faut vérifier l’état du bois (sondage au poinçon, recherche de traces de champignons ou d’insectes xylophages) et la planéité du cadre. Si le chevêtre montre des signes de fatigue, un remplacement à l’identique impose de reconstruire le chevêtre plutôt que de simplement changer la fenêtre.
La tentation de poser un Velux neuf sur un chevêtre dégradé pour économiser du temps de chantier se paie par des infiltrations récurrentes et une perte de garantie constructeur sur la fenêtre. Le surcoût d’une reprise de chevêtre reste modeste comparé à celui d’un dégât des eaux dans des combles aménagés.

